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MEDEF, économie et entreprise : rions un peu - L'information économique avec humour

L'actualité du MEDEF, de l'économie, de l'entreprise avec humour. Avec Parisot, Gautier-Sauvagnac, Sarkozy, les grands patrons...

9 avril 2006

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CPE : Villepin touche le fond

Manifestation anti-CPE, Paris, 4 avril 2006

Photos de la manifestation anti-CPE du 4 avril

Les deux aspects du Contrat première embauche (CPE) qui ont mis le feu aux poudres, c'est-à-dire la possibilité de licencier le salarié dans les deux années qui suivent son embauche, et ce sans aucune justification, sont justement celles que Dominique de Villepin tenait absolument à conserver. Pour ne pas dénaturer son grand texte. D'où cette impression que la sortie de crise s'accompagnera d'une sortie de Villepin.

En voulant faire plaisir au patronat, le Premier ministre s'est lui-même passé la corde au cou. Pour beaucoup de patrons, le CPE ne va pas assez loin : ils auraient préféré la création directe un contrat unique de type CNE (Contrat nouvelle embauche, alias le CPE pour les petites entreprises) afin de remplacer le CDD et le CDI. C'est même ce que Villepin prévoyait de mettre en place pour l'été (lire : CPE : bientôt pour tous ?). La contestation du CPE rend évidement ce projet caduc.

D'autres patrons estiment que, de toute façon, la non-motivation des licenciements est trop risquée, car inconstitutionnelle, et que le CPE est une bombe à retardement qu'il vaut mieux ne pas dégoupiller dans sa propre entreprise.

Bref, Villepin s'est en partie coupé de ses soutiens. Pire : alors que même Laurence Parisot disait finalement accepter, au micro d'Europe 1, que les patrons qui licencient un salarié embauché en CPE doivent se justifier par écrit, Villepin refusait toujours cette adaptation du texte (admettant tout au plus une explication orale), rappelle Le Canard Enchaîné du 29 mars.

Au bout du compte, pour éviter la censure du Conseil Constitutionnel, le gouvernement lui transmet le 21 mars un texte qui reconnaît que "il incombera à l'employeur de justifier devant le juge le motif du licenciement" (Le Canard Enchaîné du 5 avril). En résumé, Villepin, qui aurait pu éviter des manifestations monstre en faisant face à l'évidence, aura préféré tenir jusqu'à l'absurde une position impossible à défendre politiquement et juridiquement. C'est Dien Bien Fou !

C'est alors que Parisot fait volte-face dans une interview sur Radio-Classique, le 3 avril : "Si on est condamné à expliquer par écrit à la personne qui serait licenciée les raisons de cette séparation (une obligation que prévoit pourtant bien le droit international du travail, quel que soit le type de contrat), on ouvre la voix à une forme de contentieux qui, aujourd'hui en France, est extrêmement coûteux et long." Bref, Parisot confirme que pour le Medef, l'important n'est pas tant le CPE que de pouvoir virer les salariés à tout moment, pour n'importe quel motif -et même, de préférence, sans motif.

Lire aussi : CPE : le vaccin qui tue, par Olivier Favereau, professeur de sciences économiques à l'université Paris X et selon qui "il y a un risque élevé que le CPE aggrave, au lieu de le diminuer, le chômage des jeunes", pour deux raisons qu'il détaille.

Texte de la loi sur l'égalité des chances (Journal Officiel du 2 avril 2006. Voir l'article 8 pour le CPE).

Le jeu du CPE

"Le CPE est plus avantageux que le CDI." Oui, mais pour qui ? Un indice : cette affirmation est de Denis Gautier-Sauvagnac, membre du comité exécutif du Medef et patron de la fédération de la métallurgie. Alors, une idée ?

Le CPE entraînera-t-il le CPE dans la tombe ?

D'une pierre tombale, deux coups. L'euthanasie programmée du CPE pourrait entraîner le débranchement, d'une façon ou d'une autre, du Contrat nouvelle embauche (CNE), lancé dès 2005 par Villepin pour les entreprises de moins de 20 salariés.

Car le CNE, tout comme le CPE, prévoit que l'employeur n'a pas à motiver un licenciement. D'où certains abus (non paiement des heures supplémentaires, non respect des règles de sécurité...) qui ne sont pas du goût des conseils de prud'hommes. Résultat, la CGPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) demande a ses adhérents de motiver les licenciements de CNE, raconte Le Canard Enchaîné du 5 avril.

Par ailleurs, les syndicats, jusqu'à la peu révolutionnaire CGC, semblent décider à remettre en cause le CNE en même temps qu'ils sont appelés à négocier la nouvelle mouture du CPE (qui ne s'appellerait plus CPE). Tandis que le Medef essaie au moins de sauver ce contrat nouvelle embauche (lire Les Echos du 6 avril)... sur le papier. Car si jamais des licenciés du CNE contestent la trop longue "période d'essai" (a priori contraire au droit international) et que les juges les suivent sur ce terrain, le CNE sera à son tour enterré de fait. Dans l'intimité. Et sans besoin d'une nouvelle négociation.

Sarkozy : retour à l'envoyeur

Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, craignant qu'une bavure finisse par entacher les manifestation et que la crise du CPE le plombe également dans les sondages, a donc décidé que Sarkozy Nicolas, président de l'UMP et donc grand patron des députés qui ont voté le texte, devait prendre les affaires en main. Heureusement, il pourra trouver conseil auprès de Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle, celui-là même à qui un certain Dominique de Villepin à piqué l'idée du CPE, afin d'affirmer la volonté en matière économique de M. de Villepin Dominique, poète et candidat à la candidature UMP à la présidentielle. Ah ! On s'embrouille dans ces feuilletons à multiples personnages qui n'en finissent pas...

Ne pas confondre CPE et CGPME

C'est encore une fois Le Canard Enchaîné (5 avril) qui narre cette anecdote. Juste après l'intervention télévisée de Jacques Chirac, le 31 avril, le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, reçoit un coup de fil de Pierre Mongin, directeur de cabinet de Villepin. Mission assignée aux petits patrons : conclure illico des CPE et le claironner dans les médias.

Un quart d'heure plus tard, Gérard Larcher, ministre du Travail, téléphone également à Roubaud. Et lui demande de ne surtout pas faire embaucher de CPE pour le moment.

Roubaud appelle l'Elysée pour savoir quoi faire. Puis, le lendemain, Mongin rappelle Roubaud et mange son chapeau.

De son côté, Laurence Parisot précisait sur Europe 1, le 28 mars que les chefs d'entreprise devaient appliquer le CPE "à chaque fois" que ce dispositif pourrait "permettre de créer un emploi" qui n'aurait pas été créé sans le CPE. Mais trois jours plus tard, aussitôt après la déclaration de Jacques Chirac, Laurence Parisot fait savoir que le Medef "recommande bien sûr à ses adhérents de ne pas proposer de CPE dès lors qu’un nouveau projet de loi va être discuté" (texte du communiqué). A part cela, bien entendu, Villepin tient fermement la barre.

CNE : les chiffres bidonnés de Villepin

400 000 embauches, dont 140 000 emplois nouveaux grâce au CNE : c'est ce qu'annonçait le Premier ministre Dominique de Villepin. Du 100 % pipeau. Car ces chiffres ne proviennent d'aucune réalité terrain. Les 400 000 sont simplement une extrapolation d'intentions de petites entreprises remplissant des déclarations informatisées auprès de l'Acoss (Agence centrale des organismes de Sécurité sociale).

Et les 140 000 (le tiers des 400 000, donc, grosso modo) sont une extrapolation l'extrapolation précédente, à partir d'un sondage réalisé auprès de 300 petits patrons par l'Ifop, l'entreprise dirigée par Laurence Parisot, présidente du Medef, pour le compte d'un cabinet privé, Fiducial.

Autant dire que ces méthodes  absolument scientifiques sont d'une fiabilité totale. L'Insee, quant à elle, avec ses prévisions de seulement 10 000 à 20 000 nouveaux emplois créés en CNE par... trimestre, devrait sans doute changer de boule de cristal.

Vous avez demandé les renseignements...

On avait un numéro facile à retenir, il y en a maintenant plus de vingt que personne n'arrive à se mettre dans la tête. Il y avait un seul tarif pour tout le monde. Il y en a autant que d'opérateurs, mais comme on ne retient pas le numéro de chaque opérateur, on ne retient pas non plus le tarif de chacun. Le 12 vous renseignait à coup sûr. Les nouveaux opérateurs rament parfois dans la semoule.

(INTERLUDE "Vous avez demandé les renseignements... La concurrence, il n'y a que ça de vrai... Veuillez ne pas quitter... L'Etat, c'est beurk, inefficace, ça revient cher... Cet appel vous coûtera 2,50 euros... Le privé, c'est efficace et c'est tout bénéfice pour le consommateur... Toutes les lignes sont occupées, veuillez rappeler ultérieurement...")

Oui, mais justement, à la longue, le consommateur fera le tri, seuls les meilleurs survivront, et quand il n'en restera que trois ou quatre (des opérateurs, pas des consommateurs !), ce sera le bonheur. Oui, mais pour le moment, ce sont les consommateurs qui paient les pots cassés, les factures... En attendant que les derniers opérateurs sur le marché finissent par établir une petite entente sur les tarifs, comme le firent les opérateurs de téléphonie mobile, recréant ainsi un monopole... qu'il s'agissait justement de démanteler.

("Vous avez demandé les renseignements... La concurrence, il n'y a que ça de vrai... Veuillez ne pas quitter... L'Etat, c'est beurk, inefficace, ça coûte cher...")

PS : voir aussi "Renseignements téléphoniques : encore un succès de la déréglementation", 30 août 2006

 

Plus d'un million de...

... RMistes ! Le nombre d'allocataires du Revenu minimum d'insertion (RMI) a encore augmenté de 50 000 personnes en 2005, sans doute grâce à une politique économique et sociale qui favorise la lutte contre la précarité et l'insertion professionnelle à long terme des personnes non qualifiées. Il s'établit même à plus de 1,1 millions.

C'est à ce genre de "détails" que l'on apprécie l'efficacité de la flexibilisation du marché du travail, la politique d'abaissement des coûts de la main d'oeuvre peu ou pas diplômée, ou encore les amendements apportées à l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF)...

Oui aux salariés actionnaires, non aux salariés décisionnaires

Voici une information révélatrice de l'état d'esprit qui règne au Medef alors même que le syndicat patronal ne cesse de répéter qu'il faut rétablir "la confiance" avec les salariés.

Dans un communiqué de presse du 16 mars, sous le titre ronflant "Développer l'actionnariat salarié est un enjeu majeur pour la France", le Medef estime que ce procédé permet, au premier chef, "d’associer les salariés à la réussite de leur entreprise." Superbe déclaration d'intention que vient appuyer Pierre Nanterme, président de la commission économie du Medef (et président de Accenture France), pour qui il "faut favoriser les mécanismes d’épargne salariale et d’actionnariat salarié : les chefs d’entreprise y ont intérêt, les salariés y ont intérêt, un large consensus existe sur ce sujet dans la société française."

Sauf que le même Pierre Nanterme s'était dit opposé, le 1er mars, lors d'un point sur la situation économique française à "toute représentation obligatoire des actionnaires salariés au sein des conseils d'administration" car cette présence "doit rester un choix de l’entreprise" (en l'occurrence, de ses dirigeants). Autrement dit : le Medef est prêt à donner des sucres, mais pas question que les actions distribuées puissent être utilisées par les salariés comme par les actionnaires habituels. Peur qu'ils se transforment en gauchistes sanguinaires ? Tsss, tsss, tsss, bien sûr que non, puisque le Medef prône "la confiance"...

 Hervé Quinsac

précédentes informations : 11 mars 2006
CPE et CNE - Travail de nuit des enfants - Les stages - Souvenirs de Seillière...

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