Kreator - Dark Tranquillity - Ektomorf - Hatesphere
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L'Elysée-Montmartre, Paris, 15 février 2005
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Un plateau de qualité et cohérent (mais pas uniforme), mélange de jeunes loups et de vieux renards du métal, a réussi à remplir l'Elysée-Montmartre, dans une ambiance qui n’a cessé de progresser. Les Danois de Hatepshere ouvrent la soirée tandis que la salle se remplit encore. Avec leur death-core moderne, très appuyé rythmiquement, ils parviennent à recueillir les faveurs du public et ses applaudissements, ce qui apparemment étonne le frontman, tout heureux qu’on s’intéresse à ses égosillements plutôt qu’au bar. Il n’y a pas que Vader à opérer sans anesthésique en Europe de l’Est. Si la scène polonaise s’est déjà taillée une solide réputation, on entend tout des même moins parler de ses voisines. Les Ektomorf, "from Hungary", sont là pour rectifier le tir… au canon. Le quatuor donne dans un thrash-death qui rappelle fortement le Sepultura de l’ère Chaos A.D., d’autant que les titres sont entrecoupées d’interludes "ethniques". Le chanteur relance sans arrêt les spectateurs à coups de "Jump !" (un peu systématiques), annonce le nouvel album. Le pit en profite pour s’entraîner au pogo en vue de la tête d’affiche. Encore une prestation sympa et un accueil à la mesure. Les Suédois de Dark Tranquillity (un de mes groupes fétiches), alchimistes capables de transmuer la brutalité extrême en mélodies et sensations poignantes, viennent de sortir un nouvel album, Character. Et leur concert sera à l’image de cette galette, assez rentre-dedans, plus direct et moins appuyé sur les titres "catchy" que lors de leur passage à La Locomotive, en novembre 2002 (en tête d’affiche). Qu’importe ! L’histoire d’amour entre Dark Tranquillity et Paris (et la France ? Et le monde ?) se poursuit. Chaque membre du groupe est acclamé à son arrivée sur scène et c’est un rugissement qui s’élève quand le grand rouquin barbu et toujours souriant, Mikael Stanne, fait son apparition. La set-list a été fortement renouvelée par rapport à celle de La Loco. Dark Tranquillity pioche de façon assez équilibrée dans les nouveautés de Character ou du MCD Lost to apathy qui a précédé, comme dans The m’ind’s I ou The gallery. D’ailleurs, la réaction du public, quand Stanne prononce ce titre, prouve que ce disque est devenu culte et, sans aucun doute, la pierre angulaire de la discographie des Suédois (et, disons le carrément, un incontourable du death-métal tout court et, avançons-le, du métal en général. Point barre !). On pourra toutefois regretter l’absence du moindre morceau en chant clair pour varier les plaisirs. La présence sur scène d’un clavier (le seul de la soirée) ne s’entend que lors des passages les plus calmes ou lors des intros. La finesse mélodique du groupe est encore présente, quoique pas toujours immédiatement perceptible. Le concert se déroule dans une ambiance chaude et chaleureuse, les spectateurs tapant des mains et chantant avant même que Stanne les y encourage. Tout comme à La Loco (et je ne crois pas que ce soit feint), les D.T. ont l'air vraiment touchés par cet accueil, et même surpris. C’est que Dark Tranquillity n’assure pas la tête d’affiche. Or, à la fin de leur set, la question se pose : ne viennent-ils pas de chiper la vedette à Kreator, malgré une toute petite heure de présence sur les planches, sans rappel qui plus est ? Réponse ? Non. Kreator a déjà remporté haut la main le concours du plus grand nombre de t-shirts à son nom dans la salle. Le rideau s’ouvre, des mains se tendent, index et auriculaire dressé. Les Allemands donnent le ton (en résumé : tout pour le thrash des familles) avec Enemy of God et Impossible brutality, deux titres tirés du récent album (intitulé… Enemy of God. Pour la petite histoire, Kreator et Dark Tranquillity sont arrivés en première et deuxième positions du soundcheck du magazine Rock-Hard de janvier 2005). Un choix assez osé, qui n’empêchera pas la formation de Mille Petrozza de piocher ensuite dans les vieilleries de Endless pain (album qui fête ses vingt ans) et de Pleasure to kill. L’ambiance n’est pas à la dentelle, les titres dégagent dans l’ensemble un feeling assez old-school (et pour cause), jusqu’aux passages instrumentaux et aux solos fleurant bon les années 80 (par définition, puisque le solo est un peu tombé en désuétude, hélas !, à partir de la décennie suivante). Kreator est soutenu par des lights travaillés. Le son, un peu brouillon au départ (guitares et basse réduites en bouilli sur les passages rapides) va en s’améliorant. Un peu perplexe au départ, je finis par me prendre au jeu. Le reste du public n’a pas ces scrupules, répondant aux exhortations de Petrozza comme un seul homme (cela dit non par machisme mais parce qu’il faut bien avouer que le public était très peu féminin, malgré les cheveux longs). Kreator s’offre ainsi un petit triomphe. Même si cela fait partie du jeu, les appels gratuits à la brutalité (symbolique, s’entend) me laissent froid. Quand Petrozza gueule : «Are you ready to kill each other ?» à la foule, on frise le cliché ridicule. Ces exhortations sont néanmoins récompensées par un pit démonstratif (l’un des plus beaux de la tournée, dixit le frontman), par des pogos musclés et des slams de bon aloi. Tout en sauvagerie vindicative, essentiellement centré sur son mentor (les autres musiciens restent discrets, sauf le batteur Ventor sur la fin), le concert de Kreator se termine sur un rappel arrosé de Flag of hate, Petrozza faisant hurler ce dernier mot à la salle en intro. Et le public, venu en nombre et d’humeur participative, sort de là content, s’en étant pris plein les cages à miel, les premières parties comme les pointures ayant assuré sans faiblir. Prosit ! F.M. PS : Un bon point pour les gaziers de la sécurité, devant la scène, qui ont bien joué leur rôle, rattrapant les slammers au lieu de les traiter comme des délinquants. www.kreator-terrorzone.de (officiel) www.darktranquillity.com/ (officiel) |