JETHRO TULL
Le rock flirte avec la flûte
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Le rock écrit avec Jethro Tull l'un de ses plus longs chapitres. Il y partouze avec le folk, taquine le jazz, allume le blues, excite le hard et même affriole avec quelques dessous du classique. Depuis 1968, Ian Anderson reste le principal compositeur, le chanteur et le maître ès flûte, l’instrument qui insuffle la "Tull-touch”.
Martin Barre, à la guitare électrique, apporte un soutien très incisif mais parfaitement complémentaire. Cette combinaison explique le succès, la longévité et la difficulté d’approche de Jethro Tull. Aucun n'album ne se révèle à la première écoute. Sa musique, tour à tour aérienne, festive, chantante, agressive, mais toujours très évocatrice, a souvent fait classer ce combo britannique dans la famille du progressif. Au contraire d’autres survivants des années 1960, comme ZZ Top, Lynyrd Skynyrd ou encore Deep Purple, Jethro Tull arpente rarement télés et radios. Ses fans affirment volontiers que sa musique a été en avance sur son temps. En marge du temps serait peut-être plus juste. "La musique que je préfère écouter reste celle de Muddy Waters, la musique classique de Beethoven et indienne, et la pop", assure Ian Anderson. Il confirme ainsi que l’éclectisme de Jethro Tull ne doit rien aux modes. Le groupe en a vu passer! "Le plus gros changement a eu lieu à la fin des années 1960 et au début des années 70. L'introduction d'influences musicales issues de nombreuses cultures du monde et périodes de l'histoire a engendré une évolution rapide et un environnement musical d'une grande richesse créative. Le folk, le classique, le blues, le jazz et les musiques d'Asie ont élargi la palette de la pop et du rock d'influence américaine. Tull a suivi cette évolution", analyse le chanteur. « Chaque génération redécouvre la roue » "Depuis le milieu des années 1970, le développement a été plus technologique que musical. Les samplers, les synthétiseurs, les séquenceurs et la révolution informatique ont permis à tout le monde de faire de la musique à un prix abordable. Mais la musique fonctionne par cycles. Avec toujours les mêmes vieilles rythmiques, mélodies et harmonies, les chansons structurées couplet-refrain-pont, affirme Ian Anderson. Rien ne change vraiment. Chaque génération de jeunes musiciens redécouvre la roue. Donnez un pot de peinture à un gamin et il vous repeindra sa maison. Avec les mêmes briques en-dessous. La techno et le rap? Ce sont simplement des nurseries où grandissent des rythmes, avec de l'attitude en plus. De bonnes idées mais qui tournent sur de tout petits cycles." Paradoxe, Jethro Tull est parfois accusé de peu évoluer. Certes. Pas moins que les Stones et autres brontosaures discographiques pré-cités. Jethro Tull possède une palette musicale propre. Le groupe en a exploré le spectre au fil des albums, tout en conservant un son caractéristique. Entre le blues-rock-folk-progressif des débuts et le rentre-dedans franc de la sueur d’un Crest of a Knave (1987), on passe de l’aquarelle à la peinture au couteau. Avec une touche d’improvisation, notamment en concert. Ce qui doit aider à rester motivé, après quelque 3.000 prestations en public. La voix d'Anderson compense une étendue vocale moyenne par une grande suggestivité émotionnelle. Un peu comme celle d'un conteur ou -suggérait l’imagerie développée par le groupe à ses débuts- d'un ménestrel moyenâgeux. L’entendre déclamer "Walk on slowly / don't look behind you / don't say goodbye love / I won't remind you" (sur l'album Broadswoard and the Beast, 1982), c’est adopter cet ours délaissant ses bois pour la tanière d’un cercle de poètes plus lyriques que nostalgiques. Jethro Tull, génie précoce, a souvent cherché comment se renouveler sans se perdre : ses albums les plus anciens ne sont pas les moins intemporels. Plus de vingt galettes, quelques compilations et lives, auxquels s’ajoutent une poignée de sorties en solo d’Anderson et de Barre, ne suggèrent tout de même pas des artistes sur les... rotules.
Sélection discographique This Was (1968): le tout premier album, très blues. Stand Up (1969): cette rondelle inaugure une période d'état de grâce. Elle ajoute aux blues des pincées de classique, de jazz, de folk et de ce qu'on appellera, vingt ans plus tard, la world-music. Résultat: n°1 en Grande-Bretagne, première tournée en Europe et aux USA, trois soirs au Madison Square Garden.
Benefit (1970): peut-être le plus représentatif de la symbiose Anderson-Barre, entre la mélodie et l'énergie, le riff et la flûte, le folk et le rock. Pas une faiblesse. Un album de référence, à écouter allongé(e) et yeux fermés. Aqualung (1971) dispute à Benefit la palme du "classique parmi les classiques", bien que marqué par une approche plus rock. Malgré leur trois décennies, Aqualung et surtout Benefit restent frais, tout en gardant une marque de leur époque. Un peu comme le whisky: le 20 ans d’âge est meilleur que le 12 ans mais, une fois en bouteille, au contraire du vin, il cesse d’évoluer. Broadsword and the Beast (1982): un disque un brin à part, qui introduit plus de claviers et moins de flûte qu'à l'habitude, alternant ambiances et retours sur guitare. Du tout bon, quoiqu’un plus marqué par son temps. Crest of a Knave (1987) est à l'origine d'un des plus beau gags de l'histoire du groupe. Il a ramassé le Grammy award (l’équivalent américain des Victoires de la musique) du meilleur album de... heavy-metal. Paraît-il qu'Anderson lui-même n'a toujours pas compris pourquoi. Vigoureux quand même, comme son très accessible successeur, Rock Island (1989), aux structures assez classiques. Roots to Branches (1995): le meilleur de ces dix dernières années, dixit la bio officielle. Et un retour aux sources selon les fans. J-Tull Dot Com (1999) a reçu un bon accueil critique. Plus orienté rock que flûte, il retrouve les sonorités d’Asie. Et un coup de bouzouki pour le quinquagénaire, un ! FM Site officiel : www.j-tull.com |