Fish : Fellini nights (live)
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rock progressif théâtral
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La seule faiblesse de cet enregistrement public pourrait être la volonté de Fish de déployer tous les talents, de vouloir exalter. Comme s'il cherchait encore la reconnaissance ou à prouver qu'il est un artiste accompli. Ce que personne ne mettrait en doute. L’Ecossais sait pourtant recourir, par moment, à cette qualité de dénuement musical qui accompagne au mieux l’expression de l'intime. Résumé de l’affaire pour ceux qui sont partis en randonnée sur Vénus dans les années 80. Fish, Derek Dick de son véritable patronyme, intègre Marillion au tout début de la décennie. Fondé notamment par Mick Pointer (qui rejoignit plus tard Arena), Marillion est le groupe phare du renouveau du rock progressif anglais, appelé donc le néo-prog. Son plus grand succès -commercial, s’entend- est Kayleigh, n°2 dans les charts anglais en 1985. Bizarrement, son public le plus fidèle vient… du hard-rock. Fish, doté d’une très forte personnalité sur scène, où il apparaît souvent costumé, quitte le navire en 1987, après Clutching At Straws. Pas que le groupe prenne l’eau: tous ses albums sont disque d’or et continueront de l’être jusqu’en 1995! Tandis que Marillion recrute Steve Hogarth, Fish entame avec brio sa carrière solo par Vigil In A Wilderness Of Mirrors, n°5 en Grande-Bretagne et plutôt bien accueilli par la critique. Mais il paie cher sa volonté d’indépendance financière et artistique. Il créé son propre label en 1993 et en est vite réduit à jouer ses derniers deniers sur la réussite de ses sorties. Une des raisons, d’ailleurs, qui motivent ses nombreux lives. Les choses finissent pas s’arranger à la fin des années 90. Pour Sunsets On Empire (1997), il collabore avec une autre figure du prog’-rock, Steve Wilson, de Porcupine Tree, auteur fin 2002 d’un In Absentia très applaudi mais également producteur d'Opeth, magnifique dans le genre métal hargneux et sophistiqué. Raingods with zippos (1999) est un magnifique chat sauvage prog’-rock, ultra sensible, qui finit par ronronner à force d’écoutes. Naîssent enfin Fellini Days et son petit frère, ce Fellini Nights, qui prouve une fois de plus l’étonnante capacité de Fish à créer son univers. Quand retentit l’ordre «Motore !», ça tourne pour 1h31! Une vraie durée de film. L’hommage au cinéaste transalpin souligne, bien sûr, le côté cinématographique et, on y revient, théâtral de l’œuvre de Fish –on pourrait même aller plus loin en évoquant le cirque. Généreuse, baroque, rêveuse, fantasmatique, onirique, ironique: les parallèles avec la démarche fellinienne (pour mémoire : La Strada, La Dolce Vita, Le Satyricon, Amarcord, Intervista…) ne manquent pas. Les claviers pour aplanir les guitares Il s’agit toutefois bien ici de rock. Progressif et un tantinet folk, mais rock quand même. La voix déclamative de Fish, même si reconnaissable entre mille, n’est cependant pas sans ressemblance avec celle de Peter Gabriel. Sa propension à travailler les détails, à proposer plus que de simples morceaux, l’en rapproche également. Mais comme on ne se refait jamais totalement, Fish reste dans un registre plus agressif que Gabriel. La voix est mixée très en avant. Un poil trop, si l’on considère que Fish ne possède pas une étendue phénoménale, surtout dans les aigus. Les claviers sont souvent présents tout au long des morceaux, aplanissant l’agressivité passagère des guitare ou de la batterie. Pour vous faire une idée, jetez une oreille sur Tumbledown, tiré de Raingods with Zippos : intro très fluide au piano (oui, enfin, synthé au son de…), puis qui prend de l’énergie. La guitare attaque d’entrée le thème très rythmique et, enfin, Fish vient “proclamer”, avec l’originalité d’enchaîner deux refrains (ou perçus comme tels) après le couplet. Ce live évite le piège des passages instrumentaux à rallonge, démonstratifs et casse-pieds, qui en rebutent beaucoup dans le progressif. Le public soutien amicalement la formation entre les morceaux. Enfin, et cela est significatif, Fish présente à plusieurs reprises et fait applaudir ses musiciens. Avant de se finir a cappella sur Flower Of Scotland. Les amateurs de Marillion qui ont lâché l’affaire Fish lors de son départ en solo, s’offriront là une séance de rattrapage bienvenue et pleine de plaisir. Les béotiens peuvent ouvrir leurs oreilles, esprit et cœur avec bienveillance à ce musicien, attachant comme le lait pur au fond de la casserole chaude. F.M. www.the-company.com (officiel) //perso.wanadoo.fr/fish.tcf/index.htm (fan club français) PS : Puisqu’avec Fellini, ça ne va pas être possible, on peut se prendre à rêver d’une collaboration entre Fish et un autre cinéaste. Faudra en toucher deux mots à son compatriote Peter Mullan (un des acteurs fétiches de Ken Loach, réalisateur du formidable et réjouissant Orphans puis du "liondorisé" vénitien The Magdalene Sisters, plus classique mais émouvant). |