EDGUY : Hellfire club
heavy-speed métal mélodique
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Ce disque réunira les adeptes du métal classique, les hardos qui se la jouent gros dur et peut-être même ceux qui croient être définitivement rétifs au genre, supportant tout juste les passages calmes d’Iron Maiden. Pourtant, non, Edguy n’invente rien. Edguy se contente de faire tout aussi bien que les autres réunis. Et s’adjuge la collaboration d’un véritable orchestre classique pour astiquer les arrangements symphoniques. Pour la peine, je vais même commencer avec les reproches. Primo, donc, les Allemands et leur mentor, Tobias Sammet, ne cherchent pas à innover. Deuxio, un léger manque de concision (aucun titre sous les quatre minutes) pourrait se révèle nuisible à force d’écoutes. Tercio, le penchant symphonique, le majestueux, frise parfois le pompeux. Quarto… euh…, non, c’est tout. Dans un registre heavy-speed métal épique, Edguy se distingue par des qualités mélodiques effarantes. Pas un seul morceau sans son refrain qui vous colle au cerveau ! Mettez Hellfire Club dans la sono interne de n’importe quel label de pop : vous pourrez compter les cadavres de suicidés à la fin de l’album. Tobias Sammet, compositeur qui frise le génie au fer chaud, égale avec une facilité dégoûtante les maîtres chanteurs du métal, Rob Halford de Judas Priest et Bruce Dickinson de Iron Maiden. Au point que la ressemblance en est troublante. Mais ces subtils ingrédients mijotent dans un chaudron de riffs incandescents et de rythmiques catchy, propres à faire headbanguer un moine cénobite et à désemeller des godasses de chantier. Le premier titre, Mysteria, œuvre dans un heavy-speed mélodique classique, comme il en pleut dans le métal depuis la fin des années 1990. Mais Edguy nargue cette terrestre cohorte depuis son Olympe. Dès le deuxième morceau, The piper never dies, une folie de dix minutes, on comprend que cet album va casser la baraque. Un peu progressif, bourré d’ambiances, verrouillé par un refrain mortel, guidé par un chant qui s’envole souvent dans les aigus mais capable de s’exprimer en puissance pure : on frise la démonstration insolente. Au bout de cinq minutes, un break et un solo vous redonnent un coup de pied. A 7’30”, c’est une intervention de clavier qui sent son hommage aux années 70/début 80, façon Whitesnake ou Rainbow. A 8’30”, une accélération furieuse. On entend presque défiler l’histoire du métal et, ainsi, tandis que l’on écoute, ailleurs, Edguy chipe sans complexe les lauriers des grands anciens. Suivent trois titres, We don’t need a hero, Down to the devil et King of fools qui soulignent toute la différence entre le heavy habituel à l’allemande (lourd, direct et efficace) et Edguy (fin, direct et très efficace)… et qui montrent aussi, avouons-le, que Edguy peut devenir un groupe absolument énorme avec un peu plus de personnalité et de prise de risques. Pas comme sur ce Forever, sorte de balade teintée de hard-US, avec violon: irréprochable sur la forme, dispensable sur le fond. Heureusement, Under the moon reprend d’entrée la baston et s’accorde de très beaux passages instrumentaux. Tandis que Lavatory love machine est, de l’aveu même de Tobias Sammet, la première chanson limite idiote (dans les paroles) qu’il a osé placer sur un album. Preuve que les Edguy, avec ce titre qui n’aurait pas déparé dans un album de glamouzes hair-métal des années 80, savent se lâcher. Ils remettent aussi un peu au goût du jour ce “happy métal” dont Helloween fut le géniteur. Deux morceaux et un interlude rigolo plus tard, la fin de l’album approche. Et Edguy va nous achever. Navigator remet le paquet, avec une rythmique appuyée, un refrain absolument canon (je me répète, je sais) et de jolis solos (mais pas de véritables duels de six-cordes à la Iron Maiden). Enfin, The spirit will remain, après une intro un tantinet folk, appuie sur le symphonique. Waou! Et ce n’est pas fini. Car il reste deux titres bonus: Children of steel, un hymne métal à la Hammerfall, qu’il fera bon gorge-déployer en concert, et une seconde version de Mysteria, qui ne change pas grande chose par rapport à la première malgré la présence en guest de Mille Petrozza (Kreator). Quant au son de l’ensemble, il est énorme. L’apport de l’orchestre n’y est sans doute pas étranger. La production de la voix et des instruments du groupe (guitares, basse, claviers, batterie) permet à chacun de ressortir comme s’il vous sautait à la gueule. Un peu à la façon de Judas Priest sur Painkiller. En un mot, Hellfire Club est donc… hum… En un mot? Un seul? OK: absolument imparable ! Zut, ça fait deux mots… FM |