ASTRAL QUEST : Electrick Shaman (2007)
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rock blues psyché prog
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Astral Quest vit la tête en l'air, direction les étoiles, d'où une musique parfois planante, souvent brillante. Et plonge le corps dans des références essentielles des sixties et des seventies (Kinks, Cream, Beatles, Hawkwind, Van der Graaf Generator...), les ramènant à la surface vers un présent qui ferait du Kyuss Kyuss bang-bang. Bref, je ne sais pas à quoi ils carburent, mais l'essence est de les brouiller. Les sens. Electrick Shaman est le deuxième album du groupe emmené par le guitariste-chanteur Jean-Marc Devaux, après une première livraison en 2001 chez Nova Express, ainsi que des participations à un tribute album à Procol Harum et à la compilation Bordello, Pretty Princesses Of New Garage, sous le nom d'Atomic Shack (chronique ici). En comparaison de l'effet que produit le groupe en live, celui d'une jam-session cosmique qui flirte parfois avec le hard tant l'électricité étincelle, la galette semble presque émaner d'une autre formation. Pourtant, pour avoir entendu certains titres d'Electrick Shaman en live, je peux vous assurer qu'ils sortent consumés du brûlage de planches. Ainsi de ce Abducted ! qui ouvre l'album et où l'on retrouve de ces notes stoner (et une thématique déjà très space...) qui cousinent avec Hawkwind et Kyuss. Mais on se téléporte directement avec And Love Transcends Everything dans la dimension émotionnelle d'Astral Quest, qui semble inspirée en ligne directe des sixties. Le mix de l'album, en dépit de la mention "Play this record at maximum volume !!!", qui figure au verso de la pochette, évoque d'ailleurs très nettement le bon vieux temps du rock'n'roll et risque de dérouter qui ne jure que par le son béton armé à l'américaine. Déroutante aussi, la voix de Jean-Marc Devaux, pas très puissante, un tout petit chouia nasillarde, qui apporte paradoxalement une sensation de fragilité et de sincérité assez émouvante... mais à laquelle j'ai du mal à m'habituer et qui demeure limitée sur certains passages, d'autant qu'elle est très en avant -trop- dans le mix.
Mais c'est bien la guitare qui ici mène la danse. Devaux s'arrache quelques solos aussi fluides que retors, à faire bander Jacques Martin, même là où il se trouve désormais. Astral Quest s'amuse aussi, ainsi sur cette sorte de valse tarée AAwaltZZtlawAAwaltZZ qui se finit moulinée à l'envers et ornée d'une ambiance celtique (l'abus de chouchen, sans doute) ou sur Talking Radio-Wha, un interlude a priori enregistré dans une baignoire. Les morceaux démarrent fréquemment en chanson douce avant de partir en vrille, tel Someday (We'll Go Back Home) et son décollage prog qui ne ferait pas tache chez les ténors du genre. Des moments très rock (Millenium Metanoïa) alternent avec recherche d'un apaisement ou la mélancolie, dans la musique comme dans les paroles (Bathe Yourself in the Sun), et des sons space triturés (Illumination/Electrocution). Le court New Born Child (2'36") a des allures de single pop-rock d'il y a quarante ans, avec un son de guitare plus que vintage. Ce grand mixeur intègre donc des éléments qui pourraient, individuellement, être rattachés à une bonne dizaine de styles ou sous-genres différents (rock, pop, blues, rock progressif, space-psychédélique, stoner...) sans que l'un prenne réellement le pas. Ce qui ressort le plus, en fin de compte, est peut-être la volonté de ciseler, et polir, de véritables chansons qui touchent l'auditeur par tous les moyens, quitte, parfois, à paraître naïf (étrange constat, puisque Electrick Shaman est loin d'être un disque simple, et encore moins simpliste) ou sous acide.
J'aimerais aussi que le groupe se jette à l'eau et ose des titres entièrement instrumentaux. Astral Quest me semble taillé pour l'exercice. Mais il faudrait pour cela retrouver un peu de cette énergie brute, presque irréfléchie (en apparence) du live. Elle me manque sur l'album, qui sent trop le studio et pas assez le power-trio, bien que les parties instrumentales soient souvent à se rouler par terre en gémissant. Maintenant, soyons francs. Astral Quest ne sonne pas comme la dernière coqueluche de la fièvre du samedi soir... et ne sonnerait pas ainsi même avec un budget studio mille fois plus important (qui aurait tout de même évité des basses saturant un peu vite, ou permis de rectifier la voix "limite" sur New Born Child). Le côté "groupe en fusion" si prégnant en concert, s'efface au profit d'un son moins rugueux, sans doute même trop poli par moments. Electrick Shaman n'en reste pas moins un très bon disque, attachant, varié comme peu de galettes osent l'être de nos jours, où petites mélodies intimes, éclairs de guitare, rock millésimé et trips bizarroïdes s'entrecroisent sans contradiction. Un ovni auquel il ne manque plus qu'un distributeur pour décoller à plein tube. HQ, 22/09/2007 Autre chronique de Electrick Shaman sur Poin-Poin contact : astralquest(at)orange.fr L'album peut être commandé ici |