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La France montre ses nouvelles
centrales EPR
et cache ses déchets
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Le nucléaire a toujours le vent en poupe en France. Entre la décision de construire une première centrale EPR et le vote de deux textes au Parlement sur la "transparence et (la) sécurité en matière nucléaire" et sur la "gestion des matières et des déchets radioactifs", le gouvernement montre sa volonté de soutenir toujours plus cette filière, en dépit des risques environnementaux et économiques. Une belle façon de fêter les 20 ans de Tchernobyl.
La manifestation qui a réuni 30 000 personnes (selon les organisateurs), à Cherbourg, le 15 avril, visait à protester avant tout contre l'installation à réacteur nucléaire de type EPR (European pressurized reactor), à Flamanville (Manche). Elle avait aussi pour but de faire revenir dans le débat public et dans les médias l'ensemble des questions liées au développement de la filière nucléaire, au moment où le gouvernement fait tout pour assurer l'avenir de l'atome dans le pays. Deux textes viennent de passer au Parlement : la loi relative à la "transparence et sécurité en matière nucléaire", puis celle sur la "gestion des matières et des déchets radioactifs", le gouvernement ayant invoqué "l'urgence" pour ce dernier. Il s'agit, dans l'un et l'autre cas, de verrouiller toutes les portes éventuelles de sortie du nucléaire et d'assurer aux entreprises françaises du secteur un avenir florissant. Un nouvel organisme vient ainsi d'être créé : l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), "qui devient le gendarme de l'atome, disposant de pouvoirs d'inspection, de contrôle et d'injonction", résume Le Canard Enchaîné du 5 avril. Ses cinq membres seront nommés pour six ans par le président de la République, le président de l'Assemblée nationale et celui du Sénat. Ainsi, jusqu'en 2012, cette ASN sera totalement acquise aux positions de la droite et aux pro-nucléaires. On voit mal Chirac y nommer un scientifique de l'association Criirad (Commision de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité), par exemple. Déchets nucléaires : le laboratoire devient poubelle En ce qui concerne la loi sur les déchets nucléaires, le mot "mascarade" paraît faible. Résumons. En 1991, la loi Bataille envisageait de tester trois solutions pour le traitements des déchets radioactifs : la séparation-transmutation (neutralisation de la radioactivité par un bombardement de neutrons), le stockage des déchets en surface ou l'enfouissement (plusieurs sites devant servir de laboratoire). Le Parlement trancherait quinze ans plus tard. Nous y sommes. La première solution s'avère techniquement impossible, ou à des coûts prohibitifs. Le stockage en surface est trop incertain (qui sait ce qu'il pourrait advenir des déchets stockés dans 100 ou 1000 ans, alors que leur radioactivité demeure dangereuse plusieurs centaines de milliers d'années...). Bref, puisqu'on ne sait toujours absolument pas quoi faire des déchets, l'enfouissement sera donc adopté par défaut. L'Assemblée nationale a déjà adopté le texte, le sénat devrait l'examiner en mai. Ce sera à Bure (Meuse), seul site expérimenté, en dépit de ce qui avait été prévu en 1991, et qui vient donc de passer du statut de laboratoire à celui de poubelle nucléaire. Pour la plus grande joie, souligne Le Canard Enchaîné, des géants du BTP, qui vont se régaler avec un chantier qui se chiffrera en dizaines de milliards d'euros. Mais le plus l'important n'est-il pas de pouvoir clamer que la France a résolu le problème des déchets nucléaires ? EPR et nucléaire, une abérration économique Et les déchets, promis-juré, vont pleuvoir. Le gouvernement a demandé à EDF de construire à Flamanville un premier réacteur d'un nouveau type, dit EPR. Pourtant, il n'y a ni nécessité, ni urgence, souligne l'appel "Non à l'EPR, oui aux alternatives au nucléaire", initié par le réseau Sortir du nucléaire, une fédération de 719 association. "La France est en situation de surproduction électrique", soulignent les auteurs de l'appel. Par ailleurs, le nucléaire "ne peut pas non plus se substituer à l'usage du pétrole dans les transports". Il ne résoudra donc pas la crise de la fin du pétrole qui se profile, ni ne pourra constituer "une réponse au réchauffement climatique". Autre arguments avancés : "Les énergies renouvelables et la maîtrise de l'énergie sont bien plus créatrices d'emplois et porteuses d'avenir. A investissement équivalent, un programme éolien produirait deux fois plus d'électricité et créerait cinq fois d'emploi" (voir le rapport Eole ou Pluton ?) Dernier constat : "L'EPR n'apporte aucune amélioration notable quant à la sûreté nucléaire ou à la gestion des déchets radioactifs." Or, on l'a vu, la question des déchets est loi d'être résolue... et celle de la sécurité génère de nouvelles inquiétudes, même si elles n'ont pas grand chose à voir avec "l'anniversaire" de la catastrophe de Tchernobyl, il y a vingt ans. Mais pourquoi tant d'empressement de la part du gouvernement ? Primo, il faut agir avant 2007 et son lot d'élections et d'incertitudes. Qui sait ce que des socialistes pourraient décider s'ils revenaient au pouvoir ? Deuxio, le lobby nucléaire entend vendre de l'EPR à tout va. Une privatisation du secteur nucléaire La centrale EPR de Flamanville "qui devrait démarrer en 2012, est un "démonstrateur", destiné à valider techniquement le projet", rappelle Attac France (alors même que l'association "n'a pas de position absolue pour ou contre l'énergie d'origine nucléaire"). En effet, "la Direction générale de l'énergie et des matières premières (DGEMP), EDF et le fabriquant, Areva, envisagent, pour la France, la construction d'une vingtaine de centrales de ce type" pour 2030. Et d'exporter la technologie - un premier contrat est déjà signé avec la Finlande. Or, outre les risques liés à la sécurité des installations, outre l'absence de tout débat réel sur le sujet, outre qu'il n'y a aucune nécessité à trancher aussi vite la question, outre l'incapacité du nucléaire à répondre à la crise du pétrole, Attac met en avant un autre point : "Nombre de déclarations officielles laissent penser que l'urgence de la mise en chantier de nouvelles centrales électronucléaires est fortement suggéré par ceux qui voudraient voir se constituer un pôle industriel privé, spécialiste mondial dans ce domaine, autour d'Areva (...) et de groupes privés comme Siemens", son partenaire dans l'EPR. Or, jusqu'à présent, le nucléaire, civil ou militaire, a toujours relevé du secteur public. "La privatisation des sociétés chargées de la fabrication et de l'entretien des réacteurs pose de multiple questions concernant la sécurité." Autrement dit, n'est-ce pas "une privatisation de la rente accompagnée d'une socialisation des risques ?" Gérer une centrale et lui faire "cracher du bénéfice" est-il compatible avec les normes de sécurité maximales ? Pour Attac, "les exigences de rentabilité financière à court terme, exigées par les actionnaires, conduisent à privilégier, pour l'entretien, la sous-traitance à des entreprises qui ne se préoccupent ni de la formation de leurs salariés, souvent embauchés sur des emplois précaires, ni de la sécurité des installations (80% de la maintenance du parc EDF est sous-traitée (...), les salariés intérimaires représentent 30% des effectifs, source Sud Energie)" Enfin, le démantèlement des centrales reste un problème épineux, qui devrait pousser à plus de prudence quand il s'agit d'en construire de nouvelles : comment décontaminer totalement les lieux ? Que faire du combustible résiduel ? Quant au coût, qui atteindrait 100 milliards d'euros pour une vingtaine d'installations en Grande-Bretagne, de source officielle, il pourrait atteindre les 500 milliards d'euros en France, selon Sortir du nucléaire. FM 17 avril 2006 Source photo : www.stop-epr.org
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