Logement social

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Entre la porte et la fenêtre : Borloo

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Un quartier de Tarbes.
Un quartier impacté par l'ORU.

Il y a à Laubadère une mairie annexe, une bibliothèque, un bureau de Poste, des services sociaux, des écoles, une salle des fêtes et tout ce qu'il faut de commerces de proximité.
À Laubadère, il y a surtout de bas loyers, et un fort pourcentage de personnes âgées. Laubadère, par ses facilités, est un havre pour les personnes socialement fragilisées, celles qui ne peuvent facilement se déplacer, celles qui, ailleurs, ne pourraient assumer un loyer plus élevé, celles qui, à un âge avancé, sont devenues dépendantes des liens qu'elles y ont tissés.

Mais ce havre, pour durer, a besoin que soit maintenue la densité de la population et de son parc de logements sociaux, sans lesquels les commerces fermeraient et les habitants seraient dispersés - en des lieux ne pouvant leur garantir un environnement aussi favorable. Et je pense notamment aux personnes que leur âge rend particulièrement sensibles aux déménagements brutaux.

Cité HLM ? Vade retro images d'Épinal. Ici, la campagne n'est jamais loin, et les immeubles sont bien espacés. De la fenêtre, on peut voir les collines, le stade du quartier, ou les Pyrénées… De même que les rues, la vue aux fenêtres est aérée comme en peu d'endroits en cette ville.

Qui plus est, ces immeubles, bien que de 40 ans d'âge ou à cause de cela justement, sont du bâti solide et qui peut encore durer - ce que confirme une étude du CREAM de juin 2002. Qui plus est, amortis depuis longtemps quant aux coûts de construction et, pour certains d'entre eux, ayant fait l'objet de réfections importantes, ils garantissent à leurs habitants des espaces de vie confortables à des prix souvent imbattables (sur lesquels les logements neufs ne peuvent s'aligner) malgré qu'ils soient déjà bien élevés pour de faibles revenus.

Que tombe un seul des grands immeubles, et tout le quartier s'en trouverait fragilisé, menacé de voir disparaître ce qui fait sa qualité de vie.

Or, ce n'est pas un, mais trois de ces immeubles que le plan ORU pour la ville de Tarbes prévoit de faire tomber. Ils ont pour noms - je le concède, pas très poétiques - bâtiment A, E et F : en tout, plus de 250 logements. Et que deviendront, entre autres, les personnes âgées loin de ce quartier, loin des commerces de proximité ? Car le plan ORU prévoit de remplacer les immeubles par des maisonnettes : moins d'offre et des loyers au-dessus des moyens de la plupart des actuels habitants.

Des ménages plus aisés y prendront le relais. Soit. Mais des ménages à voiture, une clientèle pour les grandes surfaces excentrées - et les commerces du quartier ne pourront y survivre, laissant sans solution les bas revenus qui auront eu la chance de n'être pas expatriés.

Laubadère, ce n'est pas que des logements sociaux, c'est un quartier social, une construction sociale, où chaque pièce est importante et participe à la cohésion de l'ensemble, y compris les propriétés environnantes assurant de fait la mixité sociale, une construction ne tenant que par le faible coût et le nombre, la qualité des logements sociaux.

Le bâtiment A, le bâtiment E, le bâtiment F, avec eux c'est tout le quartier qui est menacé, et même la ville, en manque justement de ces logements sociaux. Car s'il faut construire, et parfois démolir d'autres bâtiments que condamne leur vétusté, le sacrifice de ceux-ci n'est en rien justifié, ni leur remplacement par des maisonnettes qui n'amoindriront pas les dégâts occasionnés.

Tous échos de l'ORU en d'autres villes amènent des constatations similaires : ailleurs les miséreux que là où c'était trop facile pour eux.

Logement social : il est temps de rentabiliser. Et de mettre tous les organismes aux normes de la sélection par les revenus.

ORU = Opération de Rénovation Urbaine : titanesque chantier sur toute la France de démolitions et reconstructions initiée par le ministre de la Cohésion sociale et du Logement Jean-Louis Borloo, mais peut-être ne s'agit-il en fait que de spéculation immobilière.

ORU : QUI DÉCIDE ?

Pour obtenir des crédits à la construction, l'OPAC 65 doit démolir. Mais le Ministère du

Logement n'a pas décidé que du montant de l'enveloppe et des critères de sélection, il a nommément désigné les immeubles condamnés. En ne semblant se baser que sur un critère idéologique : les "barres" doivent tomber.

ORU : QUI EST CONSULTÉ ?

Le ministère ayant arrêté sa décision plus rien ne pourra l'infléchir, se justifient les élus locaux. L'auront-ils tenté ? Nous ne le saurons pas, pas plus que nous saurons s'ils trouvent ou non leur compte dans cette impossibilité d'agir. Ils accompagneront le mouvement, quitte pour certains - mais je ne nommerai personne - à le glorifier et s'en présenter les instigateurs.

Quant aux premiers concernés, les habitants du quartier, les associations de locataires, ils n'ont pas voix au chapitre, ils devront subir.

La Convention d'application de l'ORU de l'Agglomération tarbaise, signée le 17 mai 2002 entre représentants de l'État, élus locaux et OPAC, enrobait la procédure avec plus de délicatesse, en son article 3.2, intitulé "Association des habitants au projet" : "La participation réelle des habitants, permettant d'adapter les plans d'action des acteurs institutionnels aux besoins et aux attentes de la population est un objectif essentiel pour la réussite du Contrat de Ville et de l'ORU."

Les nombreuses oppositions à ce projet se sont heurtées à un mur qui lui au moins n'est pas à la veille d'être démoli.

ORU : DES CHIFFRES !

732 démolitions de logements sur le quartier Nord de Tarbes ;
362 constructions de logements sur le quartier Nord de Tarbes ;
78 constructions de logements hors le quartier Nord de Tarbes ;
113 constructions de logements programmées on ne sait pas où ;
553 constructions de logements au total.

Apparaît au bout de ces additions et soustractions qu'en fin d'ORU nous serons face à un déficit de 179 logements comparativement à la situation actuelle, mais tout n'a pas été quantifié :
– 370 logements de moins sur le Quartier Nord, ce sera la fermeture de combien de commerces ?
– Avec le retard accumulé sur le calendrier des constructions quelles seront les possibilités réelles de relogement ?
– Combien de demandes ont été mises en attente pour éviter de loger des personnes dans des immeubles promis à la démolition ?
– Et combien de demandes encore ne pourront être satisfaites quand elles entreront en concurrence avec les besoins de relogement induits par les démolitions ?

Il y aura obligatoirement de l'encombrement à la porte. Et à la résidence Petit-Prince en construction, les habitants auront la chaussée du boulevard directement au pied de leur fenêtre : certainement, il aura fallu s'adapter à la surface au sol disponible. Mais qu'a donc la hauteur de si vertigineux qu'on démolisse en hauteur pour reconstruire en largeur ! La coexistence de pavillons et de parkings promet d'aboutir à une équation impossible.

ORU : DES QUESTIONS...

À quoi veut-on réellement aboutir ?
À rien d'autre, sans doute et logiquement, que ce à quoi on prend le chemin d'aboutir : l'élimination du principe de solidarité.
Les offices HLM, qui bientôt changeront de dénomination et de statut une fois de plus, devront s'adapter à de nouvelles normes comptables.

S'exposer aux emprunts, et ne plus viser qu'une clientèle de classes moyennes pour y survivre.

On s'en approche, on dératise le terrain.

Mixité sociale ? Mais certaines franges de population sont bien en droit de se sentir indésirables partout, pour qu'on les chasse d'un endroit à l'autre, et qu'on les disperse, et qu'on prenne le risque de ne finalement plus pouvoir les loger nulle part. Si ce n'est, peut-être, à la rue... Mais pavillons et parkings feront que les rues suivront la même tendance que les logements : elles aussi seront plus étroites. Il n'est pas dit qu'on pourra y loger tout le monde.

ET SARKOZY ?

Il n'est pas médiatiquement concerné par tout ça, mais puisqu'on doit parler de lui au moins une fois par jour, rappelons encore une fois qu'il est au-dessus des lois. En sa mairie de Neuilly, il préfère payer l'amende que se soumettre à l'obligation de construire 20 % de logements sociaux.

Il est parallèlement chargé de faire respecter la loi républicaine.

Des voitures ont brûlé...

Des expulsés sont morts de froid...

À chacun son fonds de commerce.

Manut,
6/12/2005

la face cachet de la Poste http://manut.ouvaton.org

pour Annu:Art http://fabienma.club.fr/annu-art

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