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François Fillon : un tueur
de petits vieux à Matignon

La reproduction de cet article est libre à condition d’en citer la source (Annu:Art) et l’adresse Internet.

Totalement absent lors de la canicule de 2003, son irresponsabilité contribua à l'hécatombe record que connut la France. François Fillon, nommé par le président de la République Nicolas Sarkozy au poste de Premier ministre, est en revanche totalement responsable de la loi sur la réforme des retraites qui porte son nom et a enterré les droits des salariés.

François Fillon - un tueur de petits vieux à MatignonPour mener à bien les "réformes" qu'il a promises, Nicolas Sarkozy a besoin d'un homme de main. D'un porte-flingue qui, sous des airs de James Bond prématurément vieilli et en véritable amateur de corrida qu'il est, dessoude sans se soucier des cadavres qu'il sème sur sa route. D'un type qui a déjà donné des gages (comme les tueurs à...). Et fidèle au big boss tant qu'on lui donne un bel os.

François Fillon était l'homme de la situation et Matignon sera son os et son panier, jusqu'à ce qu'il se dise, comme tous les politiciens de haut vol, qu'il a assez servi les autres et qu'il est temps qu'il se serve directement -mais ce sera pour dans quelques années.

Ce natif de la Sarthe représente, bien entendu, tout le contraire de la "rupture" promise par Nicolas Sarkozy (et qui s'est accommodée aussi très bien -jusqu'aux élections législatives- de la nomination comme ministre d'Etat d'un ancien Premier ministre, Alain Juppé, qui parvint à faire descendre dans la rue trois millions de Français en 1995, qui fut condamné en 2004 pour prise illégale d'intérêt dans l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris, puis "s'exila" au Canada avant de revenir la queue entre les jambes pour trahir enfin Chirac et passer dans le camp de ce qu'il croyait être l'avenir électoral, celui de l'encore ministre de l'Intérieur Sarkozy).

La vérité selon saint François

Politicien professionnel, François Fillon n'a pas d'états d'âme mais de superbes états de service. Après avoir envisagé un temps de faire carrière dans le journalisme, il entre en politique à la fin des années 1970. En 1981, il est le plus jeune député élu à l'Assemblée nationale. Il gravira (et cumulera...) tous les échelons des mandats locaux dans les années 1980. Spécialiste de la Défense, il devient ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche entre avril 1993 et mai 1995, sous Edouard Balladur, puis ministre des Technologies de l'information et de la Poste sous Alain Juppé, et enfin ministre délégué chargé de la Poste, des Télécommunications et de l'Espace.

Quand la gauche revient au pouvoir en 1997, à la faveur de la dissolution de l'Assemblée décidée par Jacques Chirac (sur une suggestion de Dominique de Villepin), Fillon part planter ses choux à la maison. De 1998 à 2002, il préside le Conseil régional des Pays de Loire.

En 2002, Jean-Pierre Raffarin en fait son ministre des Affaires sociales. En 2004, il atterrit à l'Education nationale. Bref, François Fillon est de tous les gouvernements de droite depuis quinze ans. Une véritable "rupture"...

Sa devise, devenu le titre d'un de ses livres : "La France peut supporter la vérité". Autrement dit : je détiens la vérité, elle va vous faire mal, mais vous en avez besoin. Comme tous les gens persuadés de détenir une vérité qu'il faut imposer aux ignorants malgré eux (dans sa formule, c'est "la France" qui peut "supporter la vérité", pas les Français), François Fillon compatit avec la douleur des autres mais, bizarrement, ne souffre jamais lui-même : tandis que les petits vieux claquaient de chaleur, il se prélassait en Toscane sans lever le petit doigt ; quand il impose des sacrifices aux futurs retraités, il vit dans les palais nationaux aux frais des sacrifiés. Bref, il se dégage de François Fillon un peu cette même impression que de Bernadette Chirac quand elle parle de la nécessité du travail, elle qui n'y a jamais touché.

Canicule : Fillon n'a "rien vu, rien fait"

Reconnaissons à François Fillon que, plutôt que de tuer les petits vieux, il met tout en oeuvre pour éviter que ses concitoyens atteignent un âge par trop canonique. Sa loi sur la réforme des retraites, au printemps 2003, allonge ainsi la durée des cotisations pour obtenir une retraite à plein taux, augmente les cotisations et diminue les pensions.*1

L'été suivant, la canicule s'abat sur l'Europe. François Fillon, ministre des Affaires sociales, est en vacances en Toscane. Il n'en bougera pas. Lui reproche-t-on cette inaction, qu'il se justifie devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale : "La prise de conscience a été tardive en raison de la dilution statistique." Drôle de façon de dire qu'il avait les oreilles bouchées en sortant de sa piscine.**2

"De sa villégiature toscane, François Fillon, épuisé par le conflit des retraites, n'a, en août 2003, rien vu, rien fait", résumera le journaliste Christophe Barbier dans L'Express. Le même, demandant au ministre de la Santé François Mattei "N'avez-vous pas servi de paratonnerre pour François Fillon, en vacances en Toscane jusqu'après la canicule?", recevra cette réponse : "Il n'y a pas eu de défaut de solidarité. Il a pris sa part de critiques, même s'il a dû être content que cela ne tombe pas sur lui. Après son travail sur les retraites, il était épuisé."

François Fillon restera donc comme l'un des principaux artisans de la performance française, avec plus de 15.000 morts, dont plusieurs centaines, voire milliers, auraient pu être évités si les autorités avaient réagi à temps.***3

Le grand mérite du nouveau Premier ministre fut aussi de détecter le futur retraité que dissimule l'actif salarié. A l'automne 2002, sa réforme des 35 heures parvient à ne pas toucher à la durée légale du travail tout en la faisant repasser de facto à 39 heures, en autorisant un contingent de 180 heures supplémentaires par salarié et par an. Faire usage intensif du salarié n'est-il pas le meilleur moyen d'empêcher qu'il prolonge par la suite une inutile et coûteuse retraite ?

Fillon tire sur l'ambulance Chirac

Hélas, à trop dessouder les seniors, les réflexes s'émoussent. Au printemps 2005, François Fillon décide de réformer le baccalauréat. Mais les caves juniors se rebiffent et le ministre doit faire machine arrière.

Peut-être faut-il voir là la qualité principale de celui qui est désormais chargé de conduire la politique de la nation sarkozyste : il plonge dans le sommeil éternel ceux qui sont au soir de la vie, et sait réveiller du bon pied battant le pavé ceux qui n'ont pas encore atteint l'heure de sortie de l'usine. Sa réforme des retraites a ainsi provoqué les plus importantes manifestations en France depuis qu'un certain Alain Juppé occupait Matignon.

Mais en 2005, patatras ! François Fillon, qui espérait un golden-parachute, ne réchappe pas du crash de l'avion gouvernemental piloté par Jean-Pierre Raffarin contre le référendum sur le traité constitutionnel européen. Il faut tout de même rappeler que dix ans plus tôt, en 1995, François Fillon, par ailleurs proche de Philippe Seguin et de Charles Pasqua, avait soutenu Edouard Balladur plutôt que Jacques Chirac lors de l'élection présidentielle, à l'image d'un certain Nicolas Sarkozy. Une erreur d'appréciation qui a terni à jamais ses relations avec les hérauts de la Corrèze.

Le 31 mai 2005, Dominique de Villepin est nommé Premier ministre. Fillon bascule dans le camp Sarkozy et, ne pouvant s'empêcher de dessouder un petit vieux, fut-il évacué en ambulance (Fillon préfère les voitures de course : il a participé aux 24 Heures du Mans en 2003), il mitraille dans Le Monde : "De Chirac on ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes."

François Fillon possède aussi l'assurance indispensable aux fonctions stratosphériques et ne craint pas la contradiction. "Sur notre propre territoire, les droits de l’homme (et du petit vieux !) sont encore bien souvent bafoués quand les femmes sont mariées de force, empêchées de sortir, d’étudier ou même de se soigner", déclare-t-il le 8 mai 2007 à Sablé-sur-Sarthe, sa terre d'élection, sous-entendant bien entendu "les femmes des étrangers". Pas un mot en revanche sur Sarkozy, qui fait renvoyer dans des pays peu connus pour leur pratique démocratique des demandeurs d'asile, ou qui veut instaurer des peines automatiques contraire à la constitution. On ne crache pas dans la main qui vous nourrit. Enfin, jusqu'à ce qu'on préfère la mordre.

Fabien Maréchal

19 mai 2007

 

*1 En dehors de ces mesures, la réforme des retraites imaginée par Fillon risque d'aboutir de facto à une privatisation partielle du système de retraite et pèsera, bien entendu, sur les salariés gagnant le moins ou ayant connu des interruptions de carrière. Lire ici : http://fabienma.club.fr/medef/030515-retraites.htm

**2 "Alors que les autorités affirmaient que la vague de chaleur ne tuait que ceux qui étaient déjà à l’article de la mort, le président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Patrick Pelloux) se plantait face aux caméras pour réclamer des moyens supplémentaires afin d’arrêter l’hécatombe", rappelle Le Figaro du 19 janvier 2007.

***3 Le 23 mars 2007, alors que François Fillon est déjà le favori de Sarkozy pour Matignon, un article du Figaro, se basant sur une étude financée par l'Union européenne, tombe à point pour affirmer que "L'État français n'aurait donc pas «dysfonctionné» pendant l'été 2003, en tout cas pas plus que les autres pays européens" et que "contrairement à ce qu'a laissé entendre une enquête parlementaire en France, il n'y a eu ni héros, ni coupable."

La commission d'enquête parlementaire sur les conséquences sanitaires et sociales de la canicule, qui a rendu son rapport en 2004, estimait tout contraire :"Il y a eu carence dans la gestion politique de cette crise. Les insuffisances de la veille sanitaire n'ont certes pas permis que des informations exhaustives soient transmises suffisamment tôt, mais la situation de crise se caractérise justement par le fait qu'en général elle n'est pas prévue. C'est justement l'une des fonctions du politique que de gérer l'inattendu. Or, en la circonstance, le politique a été dramatiquement absent. Certains ministres l'ont d'eux-mêmes reconnu devant la commission d'enquête.

Il est dommage que cette lucidité n'ait pas été exprimée plus tôt et que, pendant trop longtemps, au cours de la crise elle-même et dans les jours qui ont suivi, le gouvernement se soit plutôt attaché à en minimiser l'importance et les circonstances."

biographie de François Fillon sur Wikipedia