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Des économistes en guerre contre le chômage ou...
contre les chômeurs ?

 

Extrait d'un article de Laurent Cordonnier paru dans Le Monde Diplomatique.
Article complet : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/12/CORDONNIER/14220

 

Il y a douze ans, M. Jacques Chirac fit de la lutte contre la "fracture sociale" l’objectif de sa présidence. Il devait être atteint grâce à la baisse du chômage et à l’augmentation des salaires ("La feuille de paie n’est pas l’ennemie de l’emploi"). Alors que s’ouvre une nouvelle campagne présidentielle, le niveau de vie des catégories populaires continue à se dégrader, en particulier à cause du coût du logement. Et quand le chômage recule, cela tient pour beaucoup à l’importance des classes d’âge qui partent à la retraite, à la généralisation des stages et contrats sous-payés, enfin à la rigueur punitive de l’indemnisation des chômeurs.
 

La pression ne cesse de s’accentuer sur les chômeurs et les "bénéficiaires" d’allocations sociales durablement écartés de l’emploi. Elle s’étend à l’ensemble des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et s’exerce à tous les niveaux : discours politiques, prises de position des essayistes et des commentateurs, gros titres de la presse, rapports officiels. Sans oublier l’essentiel : les politiques de l’emploi mises en œuvre, qui réservent un traitement particulier aux privés d’emploi.

Ce mouvement est général et coordonné. Dans ses Perspectives de l’emploi 2006, l’OCDE avance sans fard les grandes lignes stratégiques qui forment selon elle l’ "économie politique des réformes" entreprises depuis 1994*, dont la partie la plus copieuse concerne les "stratégies d’activation des chômeurs". L’organisation qui siège au château de la Muette (le bien mal nommé) voudrait "s’intéresser davantage à l’ensemble des aspects de la protection sociale". Elle poursuit donc sans relâche son travail d’acclimatation de la doctrine du workfare (rendre le travail "payant") à l’ensemble des pays membres. Lesquels sont invités, sous couvert de "faciliter le passage de l’assistanat à l’activité professionnelle", à démêler l’écheveau des institutions protectrices du salariat, à commencer par les systèmes d’allocations chômage. Le cœur de la doctrine est plus que jamais réaffirmé : "Puisque beaucoup de personnes inactives en âge de travailler bénéficient d’allocations, il importe que celles-ci ne constituent pas des obstacles à l’emploi**".

Rien que dans le cas de la France, l’inventaire des "réformes" entreprises depuis une dizaine d’années sous la bannière du workfare suffirait à donner le tournis. Au nom de l’ "encouragement au travail", les politiques de l’emploi et, plus largement, les politiques fiscales et sociales ont été réorientées de façon à alterner le bâton et la carotte en direction des chômeurs.

Le mécanisme d’intéressement à la reprise d’emploi pour les bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (RMI) a plusieurs fois été réformé, les dispositifs d’aide au logement ont été reprofilés, les seuils et la durée d’exonération de la taxe d’habitation ont été revus, la prime pour l’emploi, créée en 2001, a été renforcée par les gouvernements successifs, le revenu minimum d’activité (RMA) a fait son apparition en 2004, et le RMI, qui n’a plus été revalorisé depuis bien longtemps, a perdu 25 % de sa valeur par rapport au Smic depuis 1990...

Dans le même mouvement, les droits aux allocations chômage ont été revus à la baisse, en 2004 et en 2006, en allongeant, d’une part, la durée minimale d’activité nécessaire à l’ouverture des droits, et en diminuant, de l’autre, la durée d’indemnisation. A l’autre bout de la chaîne, la durée de l’allocation spécifique de solidarité (ASS), qui "recueillait" les recalculés*** de l’assurance-chômage et les chômeurs en fin de droit, a été considérablement réduite.

Parallèlement, les contrôles et les sanctions à l’égard des "faux chômeurs" se sont précisés. Depuis 2001, dans le cadre du projet d’action personnalisé (PAP), l’Assedic peut saisir le directeur départemental du travail "lorsqu’elle estime qu’il existe un doute sur le respect de la condition de recherche d’emploi ou sur la volonté de l’allocataire de suivre une formation prévue par le PAP". Et si, comme il est possible, le "doute" ne bénéficie pas à l’accusé, le directeur départemental du travail peut alors suspendre l’allocation quand l’intéressé "ne fournit pas les pièces justifiant du caractère réel et sérieux de sa recherche d’emploi****".

Suite de l'article de Laurent Cordonnier :

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/12/CORDONNIER/14220

Il y rappelle notamment l'opposition de certains "experts" aux aides comme la gratuité des transports pour les chômeurs, ou cette inspiration des politiques économiques actuelles, formulée par Galbraith : "Les aides publiques (...) opèrent un transfert de revenus des actifs vers les oisifs et autres bons à rien, et, de ce fait, découragent les efforts de ces actifs et encouragent le désœuvrement des paresseux. (...) Donc, en prenant l’argent des pauvres et en le donnant aux riches, nous stimulons l’effort et, partant, l’économie."

___________________

* Sur le rapport de l’OCDE de 1994, lire Serge Halimi, Les chantiers de la démolition sociale, Le Monde diplomatique, juillet 1994.

** Toutes les citations qui se rapportent à l’OCDE sont extraites d’OCDE, Perspectives de l’emploi de l’OCDE (2006). Stimuler l’emploi et les revenus, Paris, 2006.

*** On appelle "recalculés" les chômeurs dont les allocations ont baissé, à la suite de l’accord signé, le 20 décembre 2002, par les organisations patronales et trois syndicats (CFDT, CFTC, CGC). Pour la première fois, des mesures s’appliquaient rétroactivement. Après plusieurs de mois de luttes, les recalculés ont été rétablis dans leurs droits.

**** Articles 9 et 10 de la convention Etat-Unedic-Anpe, relative à la mise en œuvre du plan d’aide au retour à l’emploi, du 23 avril 2001.